Je crains que les vagues d’indignation soulevées par les grands plans sociaux comme ceux d’Air France ou de Florange ne trouvent leur origine dans une conception erronée du marché du travail.

Chaque année en France un million d’emplois sont détruits…mais un million d’emplois sont également créés de sorte que le taux de chômage reste relativement stable.
Rapportés à ce chiffre, la suppression de 2000 emplois chez Air France représentera 0.2% des emplois supprimé en 2015. Chaque jour en France autant d’emplois disparaissent peu ou prou. La fermeture de Florange qui fut médiatisée pendant des mois équivalait à un tiers des emplois supprimés durant un jour normal en France.

Ce rappel permet de rompre avec une vision statique du marché du travail dans lequel le licenciement est une rare tragédie, dans lequel on garde son emploi à vie, et où l’accroissement du chômage résulte d’un accroissement des licenciements.
En réalité, il y avait plus de licenciements en France durant les années où le taux de chômage était au plus bas qu’actuellement. Et ce n’est pas l’accroissement des licenciements qui a été la principale cause de l’augmentation du chômage mais bien plutôt l’effondrement des embauches. De manière frappante, le nombre de destructions d’emploi a même diminué durant la crise. Pour comprendre comment le chômage a alors pu augmenté il faut bien comprendre qu’il est le résultat d’une différence entre les séparations et les embauches. Ainsi donc si les séparations diminuent mais que les embauches baissent encore plus, le chômage va augmenter.
La destruction créatrice de Schumpeter n’est donc pas qu’une jolie expression, elle décrit réellement la façon dont marche l’économie et le marché du travail, qui sont des systèmes dynamiques et non pas statiques. Il y a même de bonnes raisons de penser que les économies les plus dynamiques et où il y a le moins de chômage sont celles où le volume simultané des licenciements et des embauches est le plus important, comme aux Etats-Unis où et le nombre de destructions d’emploi et le taux de chômage sont chacun deux fois supérieurs à ces mêmes chiffres en France. Paradoxalement, la proportion de destruction d’emplois dans une économie de marché est un indice de bonne santé de celle-ci. Et les licenciements ne sont pas une anomalie ou une maladie mais au contraire sont au cœur du fonctionnement normal d’une économie. Si vraiment l’on trouve que tout licenciement est toujours intolérable et scandaleux, alors la cohérence imposerait de militer pour une économie planifiée de type soviétique comme je l’ai suggéré dans mon poste précédent.

C’est pour cela que le traitement habituel des plans sociaux médiatiques me paraît inadapté, et j’en tirerais plutôt d’autres leçons :

  • Ce ne sont pas les licenciements qui sont dramatiques, c’est le chômage. Et le chômage est la résultante non seulement des licenciements mais aussi et surtout de la capacité d’une société à créer des emplois, ce dont n’est plus capable la France depuis 30 ans. En Allemagne personne ne prend en otage ou ne blesse des DRH car les employés licenciés sont certains de retrouver rapidement du travail.
  • Ce ne sont pas n’importe quels licenciements qui créent un émoi populaire, ce sont les licenciements d’employés et d’ouvriers, car ce sont seulement eux qui ne retrouveront pas de travail après leur licenciement. Pour les 50% de la population en emploi que constituent les professions intellectuelles, supérieures et intermédiaires, les artisans, commerçants et agriculteurs, le risque de chômage est quasiment inexistant. Le taux de chômage pour les cadres et professions intellectuelles est de 2% et de 5% pour les professions intermédiaires. En revanche il est de 10% pour les employés, 11% pour les ouvriers qualifiés et surtout de 20% pour les ouvriers non qualifiés.
  • Se focaliser sur les plans sociaux des grandes entreprises, qui ne représentent qu’un minuscule pourcentage des destructions d’emplois totales, c’est passé à côté des vrais enjeux de l’emploi en France. C’est ignorer les salariés des petites entreprises, souvent moins bien payés que leurs confrères, c’est ignorer les emplois précaires qui sont responsables de la majorité des séparations et c’est ignorer comme je l’ai dit que le vrai enjeu qu’est celui de la création d’emplois.
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