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  1. Ce ne sont pas les emplois mais les tâches qui seront automatisées

C’est ce que prédit une étude du cabinet Mckinsey publiée en novembre dernier. Contrairement à une précédente étude qui calculait que la moitié des emplois actuels pourraient être automatisés dans un proche avenir, celle-ci estime que ce chiffre serait plus proches des 5%. Pour les auteurs, la question de savoir si tel où tel emploi peut être automatisé est trompeuse car chaque emploi est constitué d’une multitude de tâches qui ne peuvent pas toutes être automatisées.
Si vous êtes un avocat vous pourrez sans doute automatiser vos activités de recherche, vos formalités et une partie de votre rédaction juridique, mais il faudra bien que vous soyez présent lors de vos plaidoiries et des entretiens avec vos clients. Une partie des articles de journaux est actuellement produite de manière automatique, mais pour trouver et sélectionner l’information et pour exprimer des points de vue il faudra toujours un humain.

En revanche l’étude estime que 45% des tâches actuellement effectuées pourraient être automatisées. Autrement dit la nature et le contenu des emplois changera mais eux-mêmes ne disparaitront pas.

2. Les machines peuvent se substituer au travail mais elles peuvent aussi le   compléter et l’augmenter

D’une part, en se concentrant sur les activités difficilement automatisables les travailleurs peuvent améliorer la qualité de ce qu’ils produisent, et donc en augmenter aussi la demande. David Autor dans une étude très intéressante prend le cas des guichets de banque. Avec l’arrivée des distributeurs de billets on aurait pu penser que les employés de banque auraient vu leurs effectifs diminuer. Pourtant c’est l’inverse qui s’est produit, en grande partie parce les guichetiers se sont reconvertis en conseillers et en vendeurs de produits bancaires.

D’autre part, l’arrivée d’une nouvelle technologie peut induire un accroissement de la demande en travail. D’une parce qu’il faut des travailleurs pour superviser, réparer et concevoir les robots. De deux parce qu’une nouvelle technologie peut rendre accessible de nouveaux services qui ne l’étaient pas auparavant : par exemple, l’arrivée des transports de masse et donc des vacances a créé une nouvelle demande pour les services d’hébergement, de restauration et de divertissement.

3. L’automatisation n’a pas réduit l’emploi par le passé et il n’y a de signe que cela est en train de se produire.

L’automatisation ne date pas d’hier, mais depuis deux siècles qu’on automatise on n’a jamais vu une augmentation tendancielle du taux de chômage. Et on n’en voit pas trace non plus à l’heure actuelle (au Royaume Uni, aux États-Unis et en Allemagne le taux de chômage est actuellement de 5%), ni d’ailleurs dans l’accroissement de la productivité, que les robots devraient accélérer mais qui est pourtant en plein ralentissement. Dernier point : les trois pays qui ont les plus hautes densités de robots, l’Allemagne, le Japon et la corée du Sud sont aussi des pays avec des taux de chômage particulièrement bas.

4. Nos désirs sont plus étendus qu’on ne le croit.

Imaginons qu’une innovation technologique qui économise le travail humain permette de diminuer de moitié le prix des projecteurs vidéo. Si la demande reste la même alors le chômage augmentera. Mais il est plus probable que le nombre de projecteurs vendus augmentera considérablement. Ainsi, bien que le travail nécessaire à la fabrication d’un projecteur ait diminué, l’augmentation du nombre total de projecteurs produits ramènera le nombre d’emplois concernés au même niveau qu’auparavant.

Et quand bien même la demande de biens produits de manière automatisée resterait telle qu’elle est, que se passerait-il ? Et bien tout l’argent que les ménages économiseront sur ces produits, ils pourront le dépenser ailleurs, pour acheter des biens et services produits en majorité par des humains. Et pour les produire il faudra recruter de la main d’œuvre supplémentaire. Peu importe que 47% des emplois actuels disparaissent s’ils sont compensés par autant de nouveaux emplois. De ce coté la demande ne manque pas. Quelques exemples :

  • Si 70% des francais vont au restaurant au moins une fois tous les trois mois, seuls 9% d’entre eux y vont une fois par semaine ou plus. Dans le futur, on pourrait envisager que manger au restaurant plusieurs fois par semaine devienne la norme.
  • Actuellement les spectacles vivants doivent être fortement subventionnés pour pouvoir attirer des spectateurs à des prix raisonnables mais les salles peinent malgré tout à se remplir. Là encore le futur pourrait être similaire à l’époque où les bourgeois allaient au spectacle plusieurs fois par semaine.
  • Les soins à domicile coûtent chers et seules quelques personnes fortunées peuvent se payer le luxe de ne pas finir leur vie dans une maison de retraite. Dans le futur, le nombre d’emplois à domicile pourrait augmenter considérablement, d’autant plus que l’espérance de vie tend à s’allonger.
  • Dans le même registre, les soins médicaux deviennent de plus en plus coûteux et tendent à absorber une part croissante du PIB, si bien que les pouvoirs publics sont obligés de rationner fortement la quantité de services médicaux fournis. A l’avenir on pourrait s’affranchir de cette contrainte.
  • Les produits artisanaux sont très valorisés mais également très chers. Dans un futur   riche, chacun pourrait posséder une montre ou des meubles fabriqués à la main ou bien des objets d’art et des aménagements intérieurs sophistiqués.
  • Les rendements très élevés de l’agriculture actuelle se font au détriment de la protection de l’environnement et du bien-être animal. Une agriculture plus responsable nécessiterait certainement une main d’œuvre plus importante.

Ce sont quelques exemples qui me viennent à l’esprit et je ne prétends pas prédire avec certitude quoi que ce soit. Mais il y a un siècle, qui aurait été capable de dire à quoi seraient occupés les travailleurs de 2016 ? S’imaginer que tous les besoins humains sont déjà satisfaits et que la structure de la production restera toujours telle qu’elle est actuellement, c’est manquer singulièrement d’imagination.

5. La baisse du temps de travail plutôt que le chômage

Si les gains de productivité n’ont pas fait augmenter le chômage, le temps de travail a lui en revanche beaucoup diminué. On travaille en moyenne 750h de moins par année qu’en 1950. Cela est en partie dû au fait que les journées de travail sont moins longues. Mais c’est surtout parce que l’on entre dans la vie active plus tard, qu’on part à la retraite plus tôt et que l’on prend plus de vacances. Il n’y a pas de raison que cette tendance ne se poursuive pas.
Dans un futur où l’emploi se fait rare, le problème de la retraite n’en est plus un : tout le monde peut partir à la retraite à 50 ans ! Et si vous voulez faire de longues études, ou faire le tour du monde avant d’entrer sur le marché du travail pas de problème non plus. Et pourquoi ne pas prendre 4 mois de congés payés par an ? Ou même une année sabbatique de temps en temps ?

C’est une excellente chose que de se montrer prudent et de réfléchir dès à présent à la façon dont on affrontera le chômage robotique s’il a lieu. Mais il y a de bonnes raisons de penser que la fin de l’emploi est loin d’être jouée d’avance, et qu’on peut espérer un meilleur futur que celui où la moitié de la population active sera au chômage.

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